DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUE

Les fouilles en Baie d’Aboukir, Égypte

Géographie et histoire

Le delta du Nil, à l’embouchure du fleuve sacré égyptien, a changé de configuration avec le temps.

La côte orientale de la Méditerranée s’enfonce à un rythme lent et régulier. Les sites archéologiques retrouvés ont été immergés par l’occurrence de différents phénomènes :

  • le lent affaissement – ou subsidence – de cette partie orientale de la Méditerranée ;
  • la montée du niveau de la mer depuis l’Antiquité ;
  • les effondrements et glissements de terrain dus à des phénomènes sismiques ;
  • des phénomènes locaux de liquéfaction des argiles notamment survenus aux endroits où de lourds monuments étaient construits.

Ce phénomène ayant comme facteur de déclenchement un surpoids local dû à une crue catastrophique du Nil ou un raz de marée. Le résultat de tous ces facteurs a occasionné une différence de niveaux d’environ 8 mètres des terres immergées par rapport à leur niveau antique.

Les cités de Thônis-Héracléion et la ville de Canope sont aujourd’hui englouties au large de la côte en baie d’Aboukir.

Situation des sites archéologiques de Thônis-Héracléion et de Canope en baie d’Aboukir.

La Basse Époque et le commerce méditerranéen

Mille cinq cents ans de l’histoire égyptienne : une longue période, marquée par la fin des pharaons et les nombreuses influences étrangères : perse, grecque, romaine, byzantine, arabe. Une étonnante mixité culturelle se développe en Égypte, dont les pièces qui constituent l’exposition se font les témoins.

Datées du VIIe siècle av. J.-C., les plus anciennes pièces de l’exposition nous ramènent à la Basse Époque égyptienne. L’ère pharaonique a alors plus de deux millénaires derrière elle, mais le temps de l’expansion du royaume et des grands souverains tels que Thoutmosis III (-1490/-1436), Aménophis IV dit Akhénaton (-1364/-1347), ou encore Ramsès II (-1290/-1224), est révolu. Dans cette période d’instabilité qu’est la Basse Époque, la XXVIe dynastie (-664/-525), appelée dynastie saïte, fait figure d’exception.

Marbre tête de Sérapis

Après avoir libéré l’Égypte de l’occupation assyrienne, notamment grâce au recours à des mercenaires grecs, elle offre en effet paix et prospérité économique au pays. Initié dès le IIe millénaire av. J.-C., le commerce avec le monde hellénique s’intensifie. La ville de Naucratis, située dans le Delta du Nil près de Saïs, capitale des pharaons saïtes, devient bientôt le principal comptoir grec en Égypte. Pour y accéder, les marchands helléniques doivent s’acquitter d’une taxe sur leurs cargaisons à Thônis-Héracléion, le poste douanier de l’Égypte, situé à l’embouchure de la branche la plus occidentale du Nil. Considéré comme la “porte d’entrée” du pays, c’est le passage obligé de tous les bateaux étrangers venant du monde grec abordant l’Égypte. En 525 av. J.-C., les Perses prennent le contrôle du pays. Leur règne dure cent vingt ans, jusqu’à la prise du pouvoir, en -404, par une dynastie autochtone. Nectanébo II (-360/-343) est le dernier pharaon égyptien de l’Histoire, et laisse place à une nouvelle occupation perse. Mais elle est cette fois de courte durée.

L’Égypte grecque et le rayonnement d’Alexandrie

Alexandre le Grand, roi de Macédoine venu conquérir l’Égypte, met fin au règne du Perse Darius III en 332 av. J.-C. L’année suivante, il fonde la ville d’Alexandrie à 35 kilomètres d’Héracléion. Jamais cité du monde hellénistique n’a atteint de telles proportions. À sa mort, en -323, son général et ami, Ptolémée, hérite de l’Égypte.

Il prend le titre de roi en 305 av. J.-C. et établit ses quartiers à Alexandrie. Le nouveau souverain relègue Naucratis et Héracléion au second plan en détournant l’activité portuaire et commerciale vers Alexandrie. Il en fait un lieu de science en fondant le Musée (signifiant à l’origine “temple dédié aux Muses”), la grande bibliothèque, ainsi qu’une université. C’est sous son règne également qu’est entamée la construction à la pointe de l’île de Pharos du célèbre phare d’Alexandrie, considéré comme l’une des Sept Merveilles du monde antique. L’Égypte grecque connaît son apogée sous son règne (-305/-282) et celui de son fils Ptolémée II (-282/-246). En quelques décennies, Alexandrie dépasse les 100 000 habitants, et s’impose comme l’une des plus grandes métropoles du monde. Canope, située près d’Héracléion, était reliée à la nouvelle capitale par un canal. Grand centre religieux réputé pour ses processions osiriaques et ses guérisons miraculeuses, elle abritait un des plus grands temples dédié au dieu Sérapis. Le culte de ce dieu serait d’ailleurs né dans la région vers le IIIe siècle avant notre ère et puis “adopté” par les Grecs. La dynastie ptolémaïque, ou lagide, s’achève avec le règne de Cléopâtre VII, fille de Ptolémée XII. Après s’être alliée à Jules César, qui lui donne un fils, Ptolémée XV dit Césarion, puis à Marc-Antoine, la “reine des rois” doit céder son royaume à Octave – le futur Auguste – dont les légions ont envahi le pays. Elle se suicide en 30 av. J.-C. L’Egypte devient aussitôt province romaine. Alexandrie en est la capitale, et, bien qu’affaiblie, conserve un rôle primordial sur le plan économique.

Reconstruction de la ville de Thônis-Héracléion.

Disparition sous les flots

Canope, Héracléion reposent sous les eaux depuis plus de 1200 ans. Un tremblement de terre aurait achevé leur engloutissement, au VIIIe siècle. Mais il n’en est pas le seul responsable. Plusieurs séismes, parfois associés à des raz de marée, avaient déjà secoué la région. L’un des plus violents, en 365, aurait fait 50 000 victimes à Alexandrie.

D’autres facteurs ont contribué à la submersion de ces sites au cours des temps. La zone est soumise à un lent mouvement de subsidence. Situées sur une côte argileuse, les villes d’Héracléion et de Canope, étaient en outre particulièrement exposées à des phénomènes d’affaissement de terrains dûs à la liquéfaction des sols. Le niveau des terres a ainsi baissé de 5 à 6 mètres alors que, depuis l’antiquité, le niveau de la mer s’est, lui, élevé d’environ 1,5 mètre.

Pour en savoir plus : www.franckgoddio.org et www.ieasm.org.

Topographie – Redonner un visage aux cités enfouies

Une grande partie du travail consiste à établir des cartes détaillées des sites sous-marins. Celles-ci permettent de localiser les vestiges engloutis et de décider où organiser les plongées et les fouilles. Elles servent aussi à reconstituer l’apparence de ces cités dans l’Antiquité : les contours des terres, l’emplacement des canaux, des infrastructures, la disposition des monuments … L’équipe dispose pour cela d’outils électroniques ultrasophistiqués comme le magnétomètre à résonance magnétique nucléaire, développé en 1990 par le Commissariat français à l’Énergie atomique (CEA).

Cet appareil permet de détecter avec une extrême finesse toute masse immergée, même enfouie sous le sédiment.

La zone à prospecter est définie après de longues études en archives et de textes antiques. Dans la baie d’Aboukir, où reposent Canope et Thônis-Héracléion, elle s’étend sur un périmètre d’environ 10 kilomètres sur 11 kilomètres, soit une surface de près de 110 kilomètres carrés ! Parallèlement aux campagnes de fouilles, les prospections et études géophysiques se poursuivent chaque année afin d’affiner les plans de ces territoires immergés …

Pour en savoir plus : www.franckgoddio.org et www.ieasm.org.

Le magnétomètre à résonance magnétique nucléaire (RMN) utilisé pour des prospections sous-marines.

L’Équipe

Franck Goddio

Président de l’Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine (IEASM), Franck Goddio, est archéologue depuis près de 30 ans. Il a initié et dirigé les fouilles sous-marines en baie d’Aboukir où ont été découvertes les villes d’Héracleion et de Canope. À l’Alexandrie, il a découvert le fameux Portus Magnus, le grand port des romains. Il est également le co-fondateur du Centre d’archéologie maritime de l’Université d’Oxford (OCMA). L’exposition « Osiris, Mystères engloutis d’Égypte », dont il est le commissaire, est directement issue des résultats de son travail et de celui de son équipe.

Pour en savoir plus : www.franckgoddio.org et www.ieasm.org.

L’Équipe

Les découvertes sous-marine qui ont initié « Osiris, Mystères engloutis d’Égypte » sont le fruit du travail de l’équipe de l’Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine [ IEASM ] dirigé par l’archéologue sous-marin Franck Goddio. Une équipe internationale qui intègre divers domaines de compétences : Archéologues, égyptologues, plongeurs, numismates, céramologues, savants, spécialistes de la restauration et de la conservation des pièces archéologiques, ingénieurs électroniciens, techniciens, cameramen, photographes … Au total, une trentaine, parfois même une cinquantaine de personnes, Français, Égyptiens, Anglais, Américains, Allemands, Espagnol, Philippins, et Russes travaillent aux côtés du directeur des fouilles. L’équipe se retrouve en principe deux fois par an, au printemps et à l’automne, à bord du bateau-support, le Princess Duda, pour prospecter et fouiller les sites de la baie d’Aboukir à Thônis-Héracléion et Canope.

Le Centre d’archéologie maritime d’Oxford (OCMA) participe aux fouilles avec des étudiants de troisième cycle et leur offre ainsi la possibilité de consacrer leurs recherches au matériel archéologique des fouilles de l’IEASM grâce à l’octroi de bourses de PhD. L’OCMA supervise également la publication scientifique de tous les études résultant des fouilles.

L’ensemble des fouilles est placé sous l’égide de l’IEASM (Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine) une association loi 1901 fondée par Franck Goddio en 1987, et sous la haute autorité du Ministère égyptien des antiquités d’Égypte, qui supervise toutes les fouilles dans le pays. Depuis 1996, la Hilti Foundation soutient l’ensemble des recherches de l’IEASM en Égypte.

Musées Prêteurs

Presque dix ans après « Trésors engloutis d’Égypte » le Ministère égyptien des antiquités a accepté à nouveau de prêter 293 objets, tous venant intégralement de musées égyptiens qui composent la nouvelle exposition itinérante « Osiris, Mystères engloutis d’Égypte ».

La majeure partie des artefacts vient des fouilles récentes de l’Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine, à laquelle viendront exceptionnellement s’ajouter une quarantaine d’objets provenant du Musée égyptien du Caire, du Musée des antiquités de la Bibliotheca Alexandrina, du Musée Gréco-romain, du Musée maritime d’Alexandrie et du Musée national d’Alexandrie. Beaucoup sortiront d’Égypte pour la toute première fois.

Hilti Foundation

Franck Goddio et la Hilti Foundation partagent le goût de la recherche, une passion pour l’histoire, les découvertes archéologiques et le plaisir de présenter ses trouvailles dans des expositions.

Crée en 1996 la Fondation Hilti est une fondation caritative soutenue depuis 2007, par le Martin Hilti Family Trust ainsi que par le groupe Hilti. A l’origine, la Fondation Hilti a été créé afin d’assurer le financement des fouilles de Franck Goddio. Dans la suite de ce projet scientifique, la Fondation a développé d’autres programmes dans les domaines de l’éducation et sociétaux.

Le logo de la Hilti Foundation est toujours associé à des projets innovateurs offrant des perspectives de découvertes nouvelles – des projets d’importance et de portée internationale. Le soutien au travail de Franck Goddio est une des activités clés de l’engagement culturel et scientifique actuel de la Fondation Hilti. L’assistance scientifique et l’évaluation des projets sont assurées par des experts et des scientifiques de renom, en collaboration avec l’Oxford Centre for Maritime Archaeology (OCMA) de l’université d’Oxford.

Pour en savoir plus :
www.hiltifoundation.org